Description

Sous-bois forestier et fonctionnement des sols : un rôle encore sous-estimé

Seasonal effects of soil microclimate on microbial activities depend on the understory in two forest ecosystems with contrasting water regimes

Lucie Bon · Nicolas Fanin · Mark R. Bakker · Isabelle Bertrand · Pierre Trichet · Laurent Augusto

Geoderma, 2026

Contact :

mark.bakker@agro-bordeaux.fr

Contexte : le rôle des sols forestiers dans le climat

Les forêts constituent un levier majeur d’atténuation du changement climatique grâce à leur capacité à stocker du carbone dans la biomasse et dans les sols. Si le rôle des arbres dans ce stockage est largement étudié, celui de la végétation de sous-bois reste encore peu pris en compte, alors qu’elle influence fortement les apports de matière organique, le microclimat du sol et l’activité des micro-organismes.

Dans un contexte de changement climatique marqué par des épisodes de sécheresse et d’excès d’eau plus fréquents, mieux comprendre l’effet de la gestion du sous-bois sur le fonctionnement des sols devient un enjeu majeur pour la gestion durable des écosystèmes forestiers.

 

Objectif de l’étude

Cet article publié dans Geoderma a étudié l’effet de la gestion du sous-bois forestier sur le fonctionnement des sols au cours des saisons, dans deux écosystèmes forestiers contrastés du sud-ouest de la France :

  • une lande humide
  • une lande sèche

L’objectif était d’analyser comment la présence ou la suppression de la végétation de sous-bois modifie le microclimat du sol, la disponibilité en nutriments et l’activité microbienne au fil de l’année.

 

Méthodes

L’étude repose sur des dispositifs expérimentaux forestiers suivis sur le long terme dans la forêt des Landes de Gascogne. Les chercheurs ont comparé des parcelles avec sous-bois maintenu ou supprimé, dans deux contextes hydriques contrastés. Des mesures ont été réalisées aux différentes saisons (automne, hiver, printemps, été) et à différentes profondeurs de sol, incluant :

  • température et humidité du sol
  • teneurs en carbone et azote
  • biomasse microbienne
  • activités enzymatiques liées aux cycles du carbone, de l’azote et du phosphore

Au total, 576 carottes de sol ont été analysées afin de caractériser finement la dynamique saisonnière du fonctionnement biologique des sols.

 

Principaux résultats

Des effets contrastés selon le régime hydrique

L’effet de la suppression du sous-bois diffère fortement entre les deux sites étudiés.

Dans la lande humide :

  • la suppression du sous-bois a peu modifié la température et l’humidité du sol sur l’année
  • elle a parfois augmenté la biomasse microbienne
  • les variations saisonnières ont été fortement marquées par un épisode d’inondation hivernal

Dans la lande sèche :

  • la suppression du sous-bois a augmenté la température du sol
  • elle a réduit l’humidité du sol
  • elle a diminué la biomasse microbienne et l’activité enzymatique
  • les effets négatifs ont été particulièrement marqués en période estivale

Ces résultats montrent que la végétation de sous-bois joue un rôle tampon sur le microclimat et l’activité biologique du sol, surtout dans les écosystèmes soumis au stress hydrique.

 

Le rôle des saisons

Les dynamiques microbiennes varient fortement au cours de l’année :

  • dans les milieux humides, les fluctuations hivernales liées aux excès d’eau influencent fortement l’activité microbienne
  • dans les milieux secs, les effets du sous-bois sont particulièrement importants en été, lorsque la disponibilité en eau devient limitante

L’étude met en évidence que les réponses des micro-organismes du sol dépendent à la fois de la gestion de la végétation et des conditions climatiques saisonnières.

 

Ces résultats soulignent l’importance de considérer la végétation de sous-bois dans la gestion des forêts.
Elle peut réguler l’humidité du sol, modérer les températures, soutenir l’activité microbienne mais aussi contribuer aux cycles du carbone et des nutriments. Dans les sites secs, le maintien du sous-bois apparaît particulièrement important pour préserver l’activité biologique des sols et leur capacité à stocker du carbone. À l’inverse, dans les milieux plus humides, l’effet de la gestion du sous-bois dépend davantage des événements hydriques extrêmes.

 

Conclusion

Cette étude met en évidence que la gestion du sous-bois forestier influence fortement le fonctionnement des sols, mais de manière dépendante du contexte hydrique et des saisons. Elle souligne la nécessité d’intégrer la végétation de sous-bois dans les stratégies d’adaptation des forêts au changement climatique et dans l’évaluation de leur rôle dans le stockage de carbone.

Mieux comprendre ces interactions entre végétation, microclimat et micro-organismes constitue un levier pour une gestion forestière durable face aux changements environnementaux en cours.

 

Référence

Bon L., Fanin N., Bakker M.R. et al.

Seasonal effects of soil microclimate on microbial activities depend on the understory in two forest ecosystems with contrasting water regimes

Geoderma, 2026.

Launch Event