Description
Quels critères de choix des stratégies de protection des cultures ? Regards croisés des producteurs, conseillers et chercheurs
Criteria for Choosing Crop Protection Strategies: Comparative Perspectives From Farmers, Advisors and Researchers
Marianne Lefebvre, Laure Latruffe, Maxime Colin, Adeline Alonso Ugaglia, Julie Borg, Yann Desjeux, Gaëlle Leduc, Aurélien Milliat, Laure Perchepied, Yann Raineau
Journal of Agricultural Economics
Dans un article récemment publié dans le Journal of Agricultural Economics, des chercheurs, parmi lesquels notre collègues Adeline Alonso Ugaglia, se sont penchés sur les conditions nécessaires à une action efficace pour atteindre des objectifs ambitieux de réduction de l’usage des pesticides.
L’étude s’intéresse à trois filières agricoles françaises particulièrement concernées par ces enjeux : la viticulture, l’arboriculture et les productions de fruits et légumes. Elle vise à analyser dans quelle mesure les différents acteurs partagent ou pas une vision commune des priorités en matière de stratégies de protection des cultures.
Une approche originale centrée sur la prise de décision
Pour répondre à cette question, les auteurs explorent de manière fine les critères de décision des agriculteurs lorsqu’ils choisissent leurs stratégies de protection des cultures. Ces critères intègrent à la fois des dimensions techniques, économiques et organisationnelles, mais aussi les impacts environnementaux et sanitaires.
Les préférences des agriculteurs sont ensuite comparées à celles des chercheurs et des conseillers, afin d’identifier d’éventuels décalages de perception.
Les résultats mettent en évidence quatre grands profils de décision au sein de l’échantillon étudié :
- une approche centrée sur la compétitivité économique,
- un profil priorisant la réduction des impacts sanitaires et environnementaux,
- une logique de gestion du risque,
- une vision intégrée, combinant plusieurs objectifs simultanément.
L’appartenance à l’un ou l’autre de ces profils dépend fortement du rôle de l’acteur (agriculteur, conseiller ou chercheur). L’étude montre également que des interactions étroites entre ces acteurs dans le processus de production de solutions alternatives aux pesticides favorisent une convergence des points de vue, réduisant les écarts de priorités initialement observés.
Des leviers pour accompagner la transition
Ces travaux soulignent l’importance du dialogue entre recherche, conseil et monde agricole pour accompagner la transition vers des pratiques de protection des cultures plus durables. Ils identifient également des indicateurs clés sur lesquels chercheurs et conseillers peuvent s’appuyer pour mieux informer les agriculteurs sur les alternatives aux pesticides, en tenant compte de leurs contraintes et de leurs logiques de décision.
En montrant que les divergences de priorités ne sont pas irréductibles, cette étude montre l’importance de la dimension collective du changement et apporte des éléments concrets pour renforcer la co-construction de solutions afin de soutenir l’évolution des systèmes agricoles vers une moindre dépendance aux pesticides.