Je m’appelle Stéphane Appelbaum. Je suis venu à Bordeaux dans les années 80. Mon père était négociant en vin en Suisse et c’est ce qui m’a amené à Bordeaux. Il avait acheté une propriété viticole.
Par la suite, j’ai fait Bordeaux Sciences Agro, qui était à l’époque l’ENITA, dans la promotion 2011-2013. Suite à cette formation, j’ai créé une société qui s’appelle Optimum Vineyard et qui, aujourd’hui, réalise des audits d’acquisition et gère également des propriétés viticoles sur la région bordelaise pour des investisseurs étrangers.
Alors, ce qui m’a motivé à suivre cette formation, c’est que je gérais pour le compte de mon père deux propriétés familiales à Saint-Émilion. Mon père était négociant en vin en Suisse et ne venait donc sur les propriétés que rarement.
Évidemment, il fallait faire la comptabilité, il fallait suivre les chiffres. Il y avait tout un pilotage et une gestion financière. Et je ne comprenais pas.
Je ne comprenais pas pourquoi, lorsque je recevais des bilans, ils étaient positifs sur le plan comptable alors que la trésorerie était dégradée. Je ne comprenais rien et, à vrai dire, cela ne m’intéressait absolument pas.
Moi, ce que j’aimais avant tout, c’était être sur un tracteur, dans la vigne, dans un chai ou éventuellement parler de mon vin à des clients. Mais je ne comprenais rien aux chiffres.
Puis un jour, je me suis fâché avec mon père et j’ai été amené à réaliser des audits pour le compte d’un ami qui m’a demandé d’évaluer une propriété destinée à la plantation de vignes.
Je ne voulais pas le faire parce que ce n’était pas mon métier, mais je l’ai fait.
Quand j’ai rendu mon rapport à ce client, qui était quelqu’un d’assez aisé et qui avait vu passer de nombreux rapports dans sa vie, il m’a dit qu’il était très impressionné par le résultat.
Il m’a simplement posé une question : « Où sont les chiffres ? »
Je lui ai expliqué que je ne connaissais rien aux chiffres et que j’étais nul dans ce domaine.
Il m’a répondu : « Mets des chiffres dans tes rapports. Tu verras, tu seras encore plus crédible et tu pourras gérer beaucoup plus de dossiers. »
Et curieusement, la vie est ainsi faite. Quelques jours après cette rencontre, j’ai croisé un voisin qui suivait ce master.
Il m’a dit : « C’est un master qui aborde la propriété viticole non seulement par l’aspect technique, mais aussi par les chiffres. »
Je me suis dit que c’était quand même fou.
Je me suis donc intéressé à cette formation.
J’ai été admis et ce qu’elle m’a apporté est immense. Elle m’a tout apporté.
Elle m’a permis de créer ma société par la suite et de pouvoir discuter avec des comptables, des avocats, des clients, des investisseurs, de réaliser des business plans, de construire des itinéraires techniques cohérents et rentables.
Je lui dois beaucoup, et notamment la crédibilité dont je bénéficie aujourd’hui.
Oui, elle m’a aidé dans le sens où j’ai pu aborder la gestion d’une propriété à travers les chiffres et être capable de parler d’égal à égal avec des personnes qui gèrent beaucoup d’argent.
Quand il s’agit de parler d’agronomie, de vin ou de viticulture, cela m’est plutôt facile. C’est un domaine que je maîtrise assez bien parce que c’est ma passion.
Le master m’a permis de pouvoir échanger avec ces personnes-là, de transmettre ma passion du vin et de la vigne, mais aussi de discuter avec leurs comptables, nos comptables, des avocats, de construire des prévisionnels crédibles et d’élaborer des budgets.
Aujourd’hui, nous fonctionnons entièrement avec des budgets.
Nous établissons un budget annuel et nous réalisons des reportings financiers tous les mois.
Si je n’avais pas suivi cette formation, je n’aurais jamais pu réaliser ces reportings financiers ni gérer des budgets.
Tout simplement.
En plus, ce master m’a permis de me rassurer sur mes compétences techniques.
J’ai tout appris sur le terrain.
J’ai tout appris par observation.
J’ai une formation de journaliste, qui m’a appris à analyser les choses et à appliquer ce qu’on appelle la technique de l’entonnoir.
Grâce au journalisme, j’ai appris à observer, analyser et comprendre. J’ai ensuite appliqué cette méthode au monde du vin et de la vigne.
Tout ce que j’ai appris, je l’ai appris sur le terrain, de manière totalement empirique, ou grâce à des personnes qui ont accepté de me transmettre leur savoir.
Lorsque je suis arrivé à Bordeaux Sciences Agro, j’ai suivi des cours techniques.
Et j’ai été assez fasciné de constater que ce que j’avais appris de manière empirique se retrouvait validé par des enseignements techniques et scientifiques.
Le principal impact auprès de mes clients, c’est de pouvoir dire que j’ai suivi le Master de Gestion des Domaines Viticoles.
C’est une carte de visite importante qui apporte beaucoup de crédibilité.
Comme je souffre parfois du syndrome de l’imposteur, j’avoue que c’est une ligne qui fait du bien.
Mais ce n’est pas seulement cela.
Comme je l’ai déjà dit, il y a la crédibilité, mais aussi l’approche globale d’une propriété viticole.
Qu’il s’agisse d’agronomie, de gestion, de sécurité ou encore de ressources humaines, la formation permet d’aborder toutes les facettes de la gestion quotidienne d’une propriété.
Je ne me focaliserais donc pas sur un atout particulier. Je dirais que c’est un ensemble.
Pour moi, cette formation a eu encore plus de sens parce que j’avais déjà derrière moi plus de vingt-cinq ans d’expérience de terrain.
La résonance a donc été particulière.
Elle m’a permis de vérifier que ce que je savais reposait sur des bases solides.
Et pouvoir dire : « J’ai fait Bordeaux Sciences Agro », apporte une véritable crédibilité.
Le message que je voudrais adresser aux futurs candidats, c’est d’abord de croire que la viticulture n’est pas un domaine du passé.
C’est un métier d’avenir.
Mais c’est aussi un métier qui doit être complètement réinventé.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des problématiques majeures que les générations futures devront continuer à gérer.
Le changement climatique en fait partie.
Il existe encore des climato-sceptiques, mais dans le monde de la viticulture, ce serait une erreur de penser qu’il n’y a pas de changement climatique.
Je n’aime pas parler de réchauffement climatique. Je préfère parler de changement climatique.
Les raisins qui rentraient autrefois à 12,5° arrivent aujourd’hui naturellement à 14,5°, 15,5°, voire parfois davantage.
C’est un sujet passionnant.
Je pense également que les arrachages que Bordeaux connaît actuellement sont un mal pour un bien.
La monoculture a appauvri la biodiversité.
Il faut saisir cette opportunité pour créer des domaines plus diversifiés et plus résilients.
Je pense que le master peut apporter des éléments de réflexion sur ces sujets, ou tout du moins les aborder, car ce sont les enjeux de demain.
Pour finir, je dirais que, que l’on soit riche ou pauvre, l’argent ne fait pas la qualité d’un raisin.
La qualité vient de la passion que l’on met dans son vignoble et dans chaque pied de vigne.
Un pied de vigne, c’est une sculpture. On le façonne.
Et je suis persuadé que si on lui parle gentiment, il vous rend ce que vous lui donnez.
C’est pour cela qu’il n’y a pas que le côté rationnel dans l’approche du végétal.
Je remercie Bordeaux Sciences Agro de m’avoir permis de suivre cette formation et de pouvoir aujourd’hui exercer ce métier et avoir créé ma propre entreprise.
Et puis, je voudrais dire aux futurs étudiants de cette formation qu’il y a une citation de Mark Twain que j’aime beaucoup :
« Ils l’ont fait parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible. »
Et je trouve que ce métier mérite qu’on s’y engage pleinement.
Parce que c’est un métier d’avenir.
Alors faites-le, justement parce que ce n’est pas impossible.