Je suis Mathieu Eyramouno et je suis un ancien du Master Manager de Domaine Viticole de Bordeaux Sciences Agro.
Je suis sorti en 2021 après deux années d’alternance que j’ai réalisées à l’EARL Charles-Essiet, qui est la propriété viticole de mes beaux-parents.
Nous avons 13,76 hectares de vignes en Haut-Médoc et j’y exerce aujourd’hui le poste de vigneron optimiste et polyvalent.
Je travaille directement avec mes beaux-parents. Nous sommes trois sur la propriété.
Que dire d’autre ?
J’ai suivi la formation du master en alternance sur deux ans.
Ce qui a été particulièrement intéressant, parce que ne venant pas initialement du monde de la production, j’ai pu à la fois me former sur le terrain avec mon beau-père et acquérir une vision globale de la gestion de la propriété grâce aux enseignements du master.
Pourquoi cette formation ?
C’est une excellente question parce que, comme beaucoup d’étudiants susceptibles de postuler au master, je n’avais pas de formation agricole à l’origine.
J’ai fait une école de commerce après deux années de classe préparatoire.
J’ai ensuite occupé un premier poste de commercial dans le négoce.
Et puis arrive un moment où l’on s’arrête et où l’on se dit : « En fait, ce n’est peut-être pas exactement ce que je veux faire. »
Heureusement, le Covid est passé par là.
Nous étions confinés dans la propriété familiale du Médoc.
Pendant deux mois, nous nous sommes retrouvés dans ce Médoc à l’arrêt. Et c’était extraordinaire.
C’est là que j’ai ouvert les yeux sur un métier avec lequel j’étais pourtant déjà en contact puisque je vendais du vin et du champagne.
Mais voir la vigne, comprendre que l’on produit du raisin et qu’avec ce raisin on fait du vin, tout a pris sens à ce moment-là.
En discutant avec mes beaux-parents, nous nous sommes accordés pour que je puisse suivre cette formation en alternance.
Le format sur deux ans est également intéressant parce qu’une partie du financement est prise en charge pour l’entreprise.
Et dans le contexte économique actuel, ce n’est pas négligeable.
Grâce à cela, j’ai pu suivre ce master pendant deux ans.
Pourquoi ce master plutôt qu’une autre formation ?
Évidemment, je me suis rendu compte que je voulais devenir vigneron.
Plusieurs options s’offraient à moi.
Je pouvais notamment m’orienter vers un BTS Viticulture-Œnologie, beaucoup plus technique.
Mais ce qui m’a convaincu dans le master, c’est justement toute la partie gestion et pilotage de l’entreprise.
Avec le recul, ce qui est également intéressant, c’est que la majorité de mes camarades de promotion avaient déjà une expérience professionnelle.
Cette expérience donne immédiatement du recul par rapport aux enseignements.
Quand on suit un cours de comptabilité générale après avoir travaillé en entreprise, tout prend sens.
Les lignes du bilan ne sont plus abstraites : on sait ce qu’elles représentent.
C’est ce qui rend les enseignements beaucoup plus concrets.
Le master a été extrêmement riche sur toute la partie gestion et pilotage.
J’avais déjà vu les bases de la finance, du marketing ou de la comptabilité dans mon école de commerce, mais de manière très généraliste.
Ici, tout était appliqué au monde viticole.
Les audits
Un mot également sur les audits qui font partie du programme.
Ce sont des mises en situation concrètes sur des problématiques réelles rencontrées par des exploitations viticoles.
J’ai beaucoup aimé ce format parce qu’on travaille sur des entreprises existantes et que l’on se met réellement au service de l’exploitant pour l’aider à identifier des solutions.
Cela peut concerner le marketing, la gestion financière ou encore l’organisation de l’entreprise.
Les grands principes sont importants, mais la réalité du terrain reste toujours différente.
On ne conduit pas un vignoble bordelais comme on conduit un vignoble en Champagne.
La gestion au quotidien
La gestion permet de savoir où l’on en est et d’anticiper les charges à venir.
Par exemple, sur notre propriété, nous ne sommes que deux à travailler à temps plein et nous faisons appel à une entreprise extérieure pour certaines tâches comme la taille ou l’épamprage des merlots.
Ce sont des charges que l’on connaît à l’avance.
On peut donc anticiper la trésorerie.
Et aujourd’hui, chaque euro compte.
Si je n’avais pas été sensibilisé à ces sujets grâce au master, je me serais probablement arrêté au simple calcul du coût salarial.
Mais il y a tout ce qui gravite autour du fonctionnement d’une entreprise.
Les intervenants professionnels
Les intervenants professionnels apportent énormément.
Ils viennent partager leurs expériences de terrain.
On n’a pas uniquement le regard académique d’un enseignant.
On bénéficie aussi du retour de dirigeants, de consultants, de responsables d’institutions ou d’entreprises.
Cela apporte une vision très actuelle du secteur.
Les cours évoluent constamment avec l’actualité du vin.
Et surtout, le master repose énormément sur les échanges.
Nous ne sommes pas simplement derrière un ordinateur à prendre des notes.
Nous débattons, nous confrontons nos points de vue, nous apprenons les uns des autres.
Le réseau
Je me souviens notamment de la soutenance de Romain Trastour, qui avait créé son cabinet de conseil en œnologie.
Deux ans plus tard, je l’ai recontacté pour intervenir sur notre propriété.
Nous avons commencé à travailler ensemble à partir des vinifications 2023.
Son regard extérieur nous a aidés à remettre en question certaines pratiques historiques.
Il nous a également poussés à créer de nouvelles cuvées et à faire évoluer notre style de vinification.
C’est un très bon exemple de ce que permet le réseau créé pendant le master.
Les promotions se croisent, les échanges continuent et des projets naissent.
Message aux futurs candidats
J’encourage évidemment les étudiants à suivre cette formation.
Mais j’aimerais aussi m’adresser aux professionnels.
Je prends l’exemple de mes beaux-parents, qui ont financé mon alternance pendant deux ans.
Cela a été extrêmement utile.
J’ai pu réaliser mon audit final directement sur la propriété familiale et appliquer concrètement tous les outils vus pendant la formation.
Le master forme aussi de futurs repreneurs d’exploitations.
À une période où de nombreux viticulteurs partent à la retraite sans successeur, cela représente un véritable enjeu.
Le format alternance permet de transmettre progressivement les connaissances tout en préparant l’avenir de l’entreprise.
Conclusion
Je voudrais remercier mes beaux-parents, Éric et Nadine Charles-Essiet, de m’avoir permis de suivre ce master en alternance.
Et j’encourage tous les jeunes, mais aussi les moins jeunes, à s’engager dans cette formation.
Nous traversons une période complexe, mais je suis convaincu qu’il existe de nombreuses solutions.
J’y crois profondément.
Que ce soit à l’échelle des appellations, des propriétés ou des réseaux professionnels, nous pouvons construire l’avenir ensemble.
Il existe de nombreuses façons de mettre en valeur la qualité du travail réalisé à la vigne et au chai.
Et je pense qu’il est essentiel de rester optimiste.
Parce qu’on va s’en sortir.
Et plus nous serons nombreux à porter ce message, plus nous convaincrons les consommateurs de redécouvrir les vins de Bordeaux.
Et surtout, de continuer à prendre du plaisir.
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